Mars, 2024

Yan Morvan

jeu07marsam01juiYan MorvanRésistances mémoriellesHôtel Fontfreyde - Centre photographique, 34, rue des Gras 63000 Clermont-Ferrand

Détail de l'événement

Deux mains se cherchent, se tiennent, s’accrochent, s’agrippent. La première était aussi un poing se dressant entre les gravats au milieu des plaques de béton. La seconde est celle d’un soldat français secourant une victime ensevelie dans les décombres du “Drakkar” (le nom du bâtiment où se trouvaient rassemblées les forces françaises stationnées au Liban), pendant la guerre au Liban dans les années 80 du siècle dernier.

ette image est devenue une icône, elle fait toutes les unes de la presse magazine de ces années-là ; et révèle un conflit au monde entier. Aujourd’hui, cette image est entrée dans notre patrimoine national, elle fait partie des collections photographiques du Musée de l’Armée. Elle a été prise par un jeune homme d’à peine trente ans qui est pourtant déjà un photographe chevronné.

Après la fac de mathématiques, Yan Morvan (né en 1954) se tourne vers le cinéma et travaille comme assistant réalisateur pendant quelques années. Frustré par ce premier travail, il se lance dans la photographie et réalise ses premiers reportages. Il travaille pour le Figaro, qu’il quitte déçu, traverse une période plus creuse mais continue la photographie : en Thaïlande à Bangkok dans le milieu de la prostitution, et parmi les gangs aux États-Unis à Los Angeles.
Après son retour en France, il intègre l’agence Sipa en 1980 comme correspondant du magazine Newsweek.
Il travaille trois ans en actualités pour Libération, Paris-Match et d’autres publications (guerre Iran-Irak, Irlande du Nord, émeutes, politique française, mariage de Lady Di…).

En 1980, Yan Morvan anticipe le coup d’état en Turquie et le documente pour son agence. Ce coup de maître lui vaut la reconnaissance du patron, Göksin Sipahioglu, et lui ouvre les portes du Liban. Il couvre la guerre civile libanaise en arrivant au milieu des combats et de l’opération militaire « Paix en Galilée » en 1982 quand l’armée israélienne envahit le Liban. Il reste par périodes sur le terrain alors que la guerre se prolonge pendant quatre ans.
Beyrouth est coupée en deux entre Ouest et Est ; au milieu la « Ligne verte » sépare les musulmans des chrétiens. Les civils sont piégés. Yan Morvan assiste à la création du Hezbollah, rencontre les combattants de tous bords, chrétiens et druzes, soldats français et américains. Bref, il enregistre le champ et le contre-champ. ces images plus connues sous le titre générique de “la Ligne verte” témoignent non seulement de la violence et de la désolation, mais aussi de la vie quotidienne dans les ruines.

Des portraits réalisés à la chambre photographique viennent rythmer le propos en séquençant les images entre le reportage pur des instants décisifs et le « face-à-face » inspiré de la méthode d’August Sander. Elles sont regroupées dans Liban, Chroniques de guerre 1982-1985 le livre-somme incontournable, archive monumentale du conflit libanais.
Au cours des années 1980-1990, Yan Morvan couvre de nombreux autres conflits, notamment la guerre civile en ex-Yougoslavie, la guerre en Afghanistan, les conflits en Angola, au Rwanda et au Congo.

Prix Robert-Capa en 1983, et deux prix World Press Photo plus tard, il est l’un des grands photojournalistes français.

« Pourquoi et comment photographier la guerre ? »

En 2005, Yan Morvan se lance dans un projet personnel qui nécessite de parcourir le monde entier pour photographier environ 250 lieux de batailles mémorables de l’Histoire.
« Champs de bataille », la série réalisée à la chambre 20×25 demande plusieurs années de travail. Ces photographies ne sont pas sensationnelles ou spectaculaires, elles forment un panorama de paysages désolés et silencieux, évoquant la mémoire des lieux, mais aussi la beauté d’une nature résiliente laissant le regardeur solitaire avec sa conscience. Le projet trouve consécration, succès public et critique lors de son exposition aux Rencontres photographiques d’Arles en 2016 et dans le livre Champs de bataille (Photosynthèse, 2015).

« Pourquoi et comment photographier la guerre ?
Volonté d’informer, de participer au mouvement de l’histoire ?
Comment raconter l’inracontable – les images d’horreur succèdent aux images d’horreur. La spectacularisation du monde par la télévision, la presse, Internet et l’information en temps réel ont entamé notre capital d’empathie et notre faculté à nous émouvoir du malheur des autres.
En 2004, avec une chambre photographique Deardorff 20 × 25, je commençais une série sur les lieux de batailles.
Ces lieux racontaient-ils encore l’histoire ?
Sans céder à l’émotion brute, je voulais m’adresser à la conscience, montrer par des paysages parfois anodins une “géo-graphie” de la démence humaine.
Je recherchais une autre manière de témoigner d’une réflexion sur l’image et de la réalité de la guerre. J’ai commencé à photographier les champs de bataille de France, les plages du débarquement, puis ceux de l’Europe, notre famille qui s’est si souvent déchirée. Mon projet est ambitieux : montrer la terre sur laquelle les hommes se sont battus, raconter l’histoire, réfléchir sur cette pensée d’Héraclite :
“Conflit / est le père de tous les êtres, le roi de tous les êtres / Aux uns il a donné forme de dieux, aux autres d’hommes, / Il a fait les uns esclaves, les autres libres.” (Fragment 53) “Il faut connaître / que le conflit est commun [ou universel] / que la discorde est le droit / et que toutes choses naissent et meurent selon discorde et nécessité.” (Fragment 80)
J’ai parcouru les champs de bataille d’Europe et de l’océan Pacifique, d’Afrique, d’Amérique, d’Asie. Certains sites sont dûment répertoriés, balisés, d’autres méritent un travail minutieux d’enquête et de localisation – certains États ne semblent pas désireux de commémorer les défaites ou bien sont amnésiques. ». Yan Morvan.

Revenu de Marioupol, en 2017 et 2022, où il opérait du côté de l’armée russe, il publie hors-série en 500 exemplaires. Aujourd’hui, Yan montre sa carte de presse ukrainienne glissée dans la coque transparente de son portable et prépare un nouveau voyage en Ukraine – de l’autre côté du front pour documenter de part et d’autre, comme à Beyrouth.
A hauteur d’homme, au ras du terrain, il se concentre sur la documentation des faits. Ses photographies sont crues et violentes, elles ne sont pas gratuites, ne visent pas à esthétiser les événements : il s’agit de montrer la réalité de la guerre, sans camoufler ni dissimuler en adoptant plusieurs points de vue. Parallèlement, avec son énergie, son talent naturel de conteur et son esprit provocateur, il poursuit le projet de publier en quelques années l’intégralité de ses archives dans de grands journaux auto-édités, imprimés en séries limitées, disponibles sur abonnements – les archives Yan Morvan.
Le document que vous tenez entre vos mains (relié organiquement à l’exposition rétrospective Résistances mémorielles proposée à l’Hôtel Fontfreyde-centre photographique de Clermont-Ferrand) se veut être un modeste élément de ce dispositif ambitieux.
Accumulées, depuis 50 ans, ses archives formidables constituent un témoignage précieux sur la guerre dans le monde, ses conséquences, sa complexité, ses logiques illogiques, son ambiguïté, son absurdité absolue, ses barbaries et ses répétitions jusqu’à maintenant.
François-Nicolas L’Hardy

Dates

7 Mars 2024 14 h 00 min - 1 Juin 2024 19 h 00 min(GMT-11:00)

Lieu

Hôtel Fontfreyde - Centre photographique

34, rue des Gras 63000 Clermont-Ferrand

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