Janvier, 2022

Grégoire Eloy

ven21jan(jan 21)10 h 58 minsam19mar(mar 19)10 h 58 minGrégoire EloyExposition Prix Niépce 2021Galerie Dityvon - BU Saint Serge, 11 allée François Mitterrand 49000 Angers

Détail de l'événement

Grégoire Eloy est un photographe documentaire, membre du collectif Tendance Floue, qui poursuit un travail d’auteur, personnel et patient. Pendant près de quinze années, il a voyagé à travers des pays d’Europe de l’Est et d’Asie centrale pour des projets au long cours, traitant de l’héritage de l’Union soviétique, des conflits du Sud Caucase ou de l’histoire de populations déplacées. Dans l’esprit du prix Niépce qu’il a reçu en juin 2021 et qui récompense chaque année un photographe pour l’ensemble de son parcours professionnel, la Galerie DITYVON a choisi de présenter trois séries singulières de l’auteur, de l’une de ses plus anciennes à l’une des plus récentes. Cette sélection de près de 40 photographies met à l’honneur la richesse du travail d’un artiste qui, sans nul doute, nous fera voyager en posant un regard sensible sur un monde en tension et en constante mutation.

Après avoir reçu la Bourse du talent pour Wizowa en 2004, Grégoire Eloy réalise « Les Oubliés du Pipeline » en 2006. Alors influencé et soutenu par le photojournaliste américain Stanley Greene, dans une démarche documentaire, l’auteur a choisi de couvrir l’histoire de trois territoires : Azerbaïdjan, Géorgie et Turquie, trois pays au coeur d’enjeux stratégiques à l’échelle mondiale : l’exploitation du pétrole en mer Caspienne et son importation en Europe par la mer Noire et la mer Méditerranée, sans avoir à passer par la Russie. La veine humaniste est pourtant déjà visible dans ces images en noir et blanc, elles révèlent avec pudeur les conditions de vie des habitants, expulsés, exilés, réfugiés depuis les conflits indépendantistes du début des années 90.

Dans la volonté de s’affranchir un peu plus des contraintes du photoreportage, Grégoire Eloy entame ensuite un nouveau travail en 2008 qu’il auto-produit : « Ressac », des photographies réalisées sur des pêcheurs de la mer d’Aral. Ses tirages argentiques d’une beauté subtile, lumière évanescente, lèvent alors le voile sur une catastrophe écologique peu médiatisée : le recul de la mer d’Aral et la disparition de l’industrie de la pêche d’une partie de l’Ouzbékistan et du Kazakhstan.
La dernière série exposée est « Brume », réalisée entre 2018 et 2020, en Géorgie à nouveau, elle nous emmène sur les pas du photographe dans les montagnes du Caucase, et notamment dans la région isolée de la Touchétie. Le titre fait référence aux « buveurs de brume » de la Cordillère des Andes qui tendent des filets en montagne pour récupérer les gouttelettes de brume et produire de l’eau potable. Ces photographies tirées sur papier argentique, témoignent de la vie des Touches comme un voyage à contre-courant de la modernité. A travers l’oeil du photographe, on comprend dans quelle mesure ces habitants sont les gardiens d’une tradition pastorale dans les hautes montagnes du Caucase, mais une fois

La chute de l’Union Soviétique au début des années 90 mettra le feu aux poudres dans les nouvelles républiques du Sud Caucase. Entre Mer Noire et Mer Caspienne, l’effritement du ciment soviétique réveillera les dissensions ethniques et religieuses et engendrera une série de conflits indépendantistes volontiers attisés par la Russie. Les guerres d’Abkhazie et d’Ossétie du sud en Géorgie et celle du Haut Karabagh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan éclateront entre 1992 et 1994, provoquant un déplacement de populations sans précédent.

Pour la Russie, la déstabilisation de la région est l’occasion de retrouver l’influence perdue sur une zone qui contrôle l’accès aux ressources énergétiques de la Mer Caspienne. Car les réserves de cette dernière sont immenses et la chute de l’empire soviétique ouvre la voie aux puissances occidentales pour leur exploitation. L’Europe et les Etats-Unis ne s’y trompent pas. Dès 1994, BP et un consortium de compagnies pétrolières occidentales signent avec l’Azerbaïdjan un contrat pour l’exploitation d’un gisement de 5,4 milliards de barils de brut au large de Bakou. Pour se garantir une totale indépendance vis-à-vis de la Russie et ne pas subir les restrictions de transit du Bosphore, le consortium n’hésitera pas à investir les 3,6 milliards de dollars nécessaires pour la construction d’un oléoduc de 1,760km à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie pour acheminer jusqu’à 1 million de barils par jour jusqu’à la côte Méditerranéenne. Après 4 ans de construction, le pipeline BTC (Bakou-Tbilissi-Ceyhan), deuxième pipeline du monde, est inauguré en juin 2006.

Sur la carte, les circonvolutions du BTC, qui s’applique à contourner les « zones à risque », rappellent cruellement à quel point la situation politique et sociale de la région n’est pourtant pas réglée. Le long de son parcours, on trouve le Haut Karabagh, territoire toujours disputé entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan 13 ans après le cessez-le-feu, l’Abkhazie et l’Ossétie du Sud, territoires maintenant indépendants mais non reconnus par la communauté internationale, et le problème kurde du sud-est de la Turquie qui reste entier.

Le pipeline n’est pas visible. Il est sous terre, sécurité oblige. A la surface, dans un décor de banqueroute soviétique, la situation des 250,000 déplacés d’Abkhazie en Géorgie, des 600,000 déplacés du Haut Karabagh en Azerbaïdjan empire de jour en jour. 15 ans après la fin des conflits, les familles attendent leur sort dans des hôtels abandonnés, dans des camps de réfugiés. Les retraités finissent leurs jours dans des wagons à marchandises, les enfants naissent réfugiés et ne s’intègrent pas. Ils vivent isolés, entretenus dans leur rêve illusoire d’un retour au pays. Le coup de projecteur médiatique autour de l’inauguration du BTC ne soulèvera pourtant que peu d’interrogations. Même les ONG ne sont plus sur le terrain pour soulager, par manque de financements. La logique économique est impitoyable. Le monde a besoin de carburant. Le long de l’itinéraire du BTC, plusieurs centaines de milliers de personnes sombrent dans l’oubli.
Reportage réalisé en 2006 le long de l’itinéraire du pipeline BTC à travers l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie.

Dans les années 60, l’Union Soviétique décide de faire de l’Ouzbékistan son grenier à coton et construit à partir du plus grand fleuve d’Asie centrale, l’Amou-Daria, de nombreux canaux d’irrigation. C’est le début d’une catastrophe écologique.

Le débit du fleuve n’étant plus suffisant pour alimenter une des plus grandes mers intérieures du monde, la mer d’Aral rétrécit inexorablement. L’eau recule, s’éloigne des villages de pêcheurs. La salinité augmente dans des mesures telles que les poissons d’eau saumâtres disparaissent. La population se paupérise. Le climat change : de tempéré, il devient continental.

La mer d’Aral, n’est plus aujourd’hui qu’un grand lac. À peu près au niveau de la frontière entre Ouzbékistan et Kazakhstan, une digue a été construite entre 2003 et 2005. La partie Kazakhe de la mer d’Aral, toujours alimentée par son fleuve, le Syr-Daria, reprend vie. La pêche traditionnelle reprend. Au Sud, la partie Ouzbèke est totalement condamnée, l’eau s’est retirée par endroits à plus de 200km du dernier village de pécheurs.
Série réalisée en Ouzbékistan et au Kazakhstan entre 2008 et 2013.

Géorgie 2018-2020
La chaîne du Caucase, frontière naturelle entre le nord de la Géorgie et la Russie est historiquement une zone de conflit. C’est aussi, par endroits, une zone de montagnes infranchissables. Du massif de Kazbegi jusqu’en Touchétie, une partie de la population vit en altitude, isolée du reste du pays. Pendant l’hiver seule la rotation de l’hélicoptère de l’armée permet aux habitants de se ravitailler ou de quitter leur village.
Projet réalisé en 2018-2020 dans le cadre de la résidence du Festival Photo de Tbilissi

Déplacés du Haut-Karabagh, Bakou, Azerbaïdjan, 2006. « Les Oubliés du Pipeline » © Grégoire Eloy/Tendance Floue

Dates

21 Janvier 2022 10 h 58 min - 19 Mars 2022 10 h 58 min(GMT-11:00)

Get Directions