Octobre, 2024

Araki/Saeki

ven18oct(oct 18)11 h 30 min2025sam11jan(jan 11)19 h 00 minAraki/SaekiL'héritage fantasma(éro)tique du shungaGalerie Écho 119, 1 rue des Minimes, 75003 Paris

Détail de l'événement

Photo : © Nobuyoshi Araki – Courtesy am Space & Galerie Écho 119

« Toute création se nourrit, en réaction ou en s’en inspirant, de l’imaginaire des époques précédentes. Le photographe Araki Nobuyoshi et le dessinateur Saeki Toshio se situent ainsi dans la lignée d’expressions de l’art graphique japonais qui courent sur des siècles »
Philippe Pons

Araki/Saeki : L’héritage fantasma(éro)tique du shunga offre une occasion rare de pénétrer l’univers transgressif de deux artistes contemporains tout en explorant une tradition érotique qui a profondément marqué la culture visuelle japonaise.

Cet automne, la galerie Écho 119 est fière de présenter une exposition inédite mettant à l’honneur deux figures emblématiques de l’art contemporain japonais : Nobuyoshi Araki et Toshio Saeki, intitulée Araki/Saeki, L’héritage fantasma(éro)tique du shunga.
L’exposition explore l’héritage de l’iconographie érotique japonaise — et notamment du shunga (estampes érotiques japonaises de l’époque Edo (1603-1868) s’inscrivant dans l’art de l’ukiyo-e) — dans l’approche singulière et ludique du sexe et des fantasmes dans leurs travaux respectifs. Leurs travaux, à la fois ludiques et subversifs, redéfinissent les frontières de l’art érotique, tout en rendant hommage à cette tradition artistique.
Des gravures d’époque seront présentées aux côtés des photographies et des illustrations afin de re-contextualiser leurs œuvres et d’explorer l’univers et les fantasmes développés par ces artistes à la lumière de cette influence historique japonaise majeure

Toute création se nourrit, en réaction ou en s’en inspirant, de l’imaginaire des époques précédentes. Le photographe Araki Nobuyoshi (1940) et le dessinateur Saeki Toshio (1945 – 2019) se situent ainsi dans la lignée d’expressions de l’art graphique japonais qui courent sur des siècles allant du dessin à l’illustration, la peinture, la gravure — sans pour autant que l’on puisse réduire leurs œuvres à cette simple inspiration. Les images érotiques, grotesques, perverses, scabreuses ou horribles que véhicule un courant de l’art japonais taraudent leur imagination. Et tous deux ont eu affaire avec la censure pour avoir bousculé des tabous de leur époque. « La censure force à avoir de l’imagination… » ironise Araki. Avant le contact avec l’Occident, au milieu du 19ème siècle, le Japon connut une sexualité non inhibée par une quelconque suspicion-culpabilisation du plaisir. Le bouddhisme condamne certes le désir, source d’illusion, mais il n’a pas thématisé la sexualité en tant que telle – pas plus que le culte shinto (sorte d’animisme polythéiste préexistant à l’arrivée de celui-ci). Les mœurs sexuelles étaient réglées par la bienséance, c’est-à-dire des interdits sociaux et le plaisir charnel faisait partie des arts de l’existence. Ce fut le cas en particulier de l’époque Edo (1603-1868), hédoniste et libertine à bien des égards. Les images érotiques (shunga, « images du printemps ») qui existaient auparavant connurent alors un essor extraordinaire avec la technique de l’estampe coloriée : les « estampes de brocart » (nishiki-e). La plupart des grands maîtres de l’ukiyo-e (Utamaro, Hokusaï, Kunisada…) s’y adonnèrent. Empruntes d’un érotisme ludique ou parodique, elles étaient largement diffusées. Les femmes n’étant pas les dernières à les regarder. Le terme shunga fut utilisé à partir de l’ère Meiji (1868-1911). Auparavant, on les nommait estampes de l’oreiller (makura-e) — le sexe était une pratique corporelle comme une autre à laquelle il fallait s’initier. Et comme telles, elles étaient souvent offertes aux jeunes mariés. On les appelait aussi warai-e (estampes pour rire). Cocasses, triviales, elles étaient souvent regardées à plusieurs (hommes et femmes). Couples hétérosexuels ou homosexuels (masculins ou féminins), accouplements, jeux de miroir, voyeurisme, scènes cocasses… sont quelques figures de ce riche registre imaginatif. À Meiji, elles furent interdites afin de paraître « civilisés » aux yeux des Occidentaux saisis du puritanisme victorien. Au début du 20ème siècle, au cours de ce que l’on appelle les « années folles » du Japon, apparut dans la culture de masse naissante un courant baptisé ero-guro-nansensu (érotique, grotesque, absurde) portée par une créativité débridée, une quête du bizarre et du pervers, nourrissant une insouciance qui n’est pas sa rappeler l’atmosphère de la République de Weimar alors que se profilaient les années noires du nazisme et, au Japon, du militarisme. L’esprit de plaisir, réprimé au cours de la période militariste, allait renaître dans les ruines de la défaite de 1945 dans une exaltation des corps et une quête effrénée de vivre l’instant, puis au cours de la riche contre-culture des années 1960. Une des grandes figures de cette période fut Saeki Toshio. Renouant avec l’esprit « ero-guronansensu » en combinant un érotisme parfois macabre à une ironie s’inspirant de motifs traditionnels, son œuvre reflète les espoirs dont était porteuse la contre-culture puis les désillusions de la décennie suivante qui tournent chez lui à la fresque cauchemardesque. Une déréalisation du monde dans laquelle l’érotisme, le rire grinçant et la frayeur — inspirés par les fantômes (yurei) et les créatures fantastiques (yokai) qui peuplent le folklore japonais — font bon ménage avec le sexe. Au cours de l’histoire, les images de créatures monstrueuses ont souvent été un reflet des tensions sociales : ce fut le cas à la fin du régime Tokugawa (première moitié du 19ème siècle) : les pièces de kabuki étaient truffées de scènes d’horreur. À l’époque moderne, ce fatras du surnaturel venu de la nuit des temps ne s’est pas évanoui : la technologie a permis d’en démultiplier les figures. Araki manifeste un goût pour le trivial et l’excessif mais aussi les poupées désarticulées ou les figurines miniatures en plastique des animés et des mangas qui interagissent souvent avec des femmes qu’il photographie. De son œuvre prolixe, on ne retient souvent que les images de femmes ligotées : ce qui est réducteur, même si elles sont nombreuses. En témoigne son premier livre, publié à compte d’auteur, Voyage sentimental (1971) puis d’innombrables photographies des rues du Tokyo de sa jeunesse comme plus tard de Shinjuku le fameux quartier chaud ou des portraits de femmes non dénudées, ou partiellement. Ses femmes ligotées s’inspirent de la tradition de « l’art de la corde » (kinbaku : ligotage serré). Pratique de torture pluriséculaire, le ligotage devint au début du 20ème siècle un jeu érotique dont un initiateur fut le peintre et illustrateur Ito Seiu (1882 – 1961). En tant que châtiment, le ligotage nécessitait une bonne connaissance de l’anatomie afin que le supplice se prolonge… Un savoir-faire que possèdent de nos jours les maîtres du kinbaku, qui, eux, évitent savamment les compressions douloureuses. Le visage des femmes ligotées et suspendues d’Araki n’expriment ainsi aucune douleur ni aucune honte. Dénuées du sadisme qu’on lui prête – que l’auteur rejette avec véhémence-, ses photographies de femmes suspendues font penser à « un délicat mobile de Calder » note Philippe Forest (Araki enfin, l’homme qui vécut pour aimer, Gallimard, 2008).

Dates

18 Octobre 2024 11 h 30 min - 11 Janvier 2025 19 h 00 min(GMT-11:00)

Galerie Écho 119

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