Juin, 2024

Anne-Marie Filaire

sam01jui13 h 00 mindim06oct(oct 6)17 h 00 minAnne-Marie FilaireTerres TroublesCRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France, Place des Nations 59282 Douchy-les-Mines

Détail de l'événement

De son Auvergne natale pour l’Observatoire photographique du paysage jusqu’aux zones tumultueuses du Proche et du Moyen-Orient (Israël, Palestine, Liban, Yémen…) Anne- Marie Filaire regarde le monde à travers le prisme de sa propre photographie, puissante et exigeante. D’abord attirée par les déserts, elle rencontre au gré de nombreux voyages la violence intrinsèque à certaines contrées et inscrit son travail dans des environnements instables. Elle observe ce que produit le traumatisme de la guerre sur les paysages, et explore les espaces marqués par les stigmates des conflits armés. La photographie lui permet de comprendre et raconter ce qui se joue là, sur ces terrains minés. Cerner le parcours accompli de la photographe française est indispensable pour comprendre combien les deux projets présentés au CRP/ sont si particuliers et en cohérence dans la continuité d’une oeuvre construite méticuleusement depuis trois décennies.

L’exposition Terres troubles, présente dans une première partie un travail réalisé entre 2019 et 2021 dans la périphérie de Paris. Alors empêchée par la pandémie de Covid 19, Anne-Marie Filaire découvre d’étranges sites, sortes de No Man’s Land que personne ne traverse, hormis un ballet de camions déversant des bennes de terres. La vocation de ces lieux est d’accueillir des milliers de mètres cubes de terres provenant de chantiers de construction. La transformation de la métropole induit des bouleversements profonds du soussol. Pour chaque nouvel immeuble qui se dresse et chaque nouvelle station de métro qui vient prolonger les lignes et étendre la capitale, ce sont des tonnes de terres qu’il faut évacuer puis stocker. Ces espaces organisés en strates et par « casiers », sont les récepteurs de ces terres excavées. Presque quotidiennement, Anne-Marie Filaire s’attache à documenter la topographie de plusieurs de ces sites. Elle observe la lumière évoluer selon les saisons, la météo, le moment de la journée. Sur de grandes planches, similaires aux contacts, elle imprime cette exploration méthodique.

Elle rend visible le temps qui passe sur ces montagnes et ces précipices créés de toutes pièces par l’homme et son irrépressible besoin de produire, construire, transformer.
Devant ces images, on sent bien que ces endroits spécifiques ont provoqué chez Anne-Marie Filaire une détonation et une réflexion autant esthétiques qu’éthiques.
Allégorie des temps actuels, de l’Anthropocène, ces sites traduisent toute la nature excessive de l’Homme.

Au coeur de l’exposition, un livre. Le chemin de fer d’une nouvelle publication présente les écrits de la photographe. Produit lors d’une résidence à la Fondation Jan Michalski en 2023, ses textes transcrivent ce qu’elle a éprouvé au cours de cette expérience étrange vécue au contact de l’inerte, pendant la période de confinement.

Intitulé Récit d’un effacement , le livre r ecueille ses impressions, ses émotions face aux couleurs, à la lumière, à l’horizon…
Son expérience physique aussi dans ce territoire désert, cet univers silencieux, dans l’immensité, dans la solitude, face à cequi deviendra un sujet, des images, une oeuvre.

Dans une seconde partie, l’exposition restitue le fruit du travail produit en résidence au CRP/. Invitée pour être la première récipiendaire du nouveau programme «Expérience», le premier en France réservé aux artistes photographes de plus de soixante ans, Anne-Marie Filaire a parcouru le Bassin minier. Dans un premier temps, elle se lance en quête de liens à établir entre sa précédente série sur les terres excavées du Grand Paris et les enjeux et problématiques liés aux sols, conséquences de l’histoire minière. Ses séjours sur le territoire, ses rencontres et ses différentes phases de recherche l’ont emmenée dans une autre direction.

En plus de deux oeuvres photographiques, Anne-Marie Filaire a produit un film intitulé « La Tribune ». Il s’agit d’une enquête autour d’un tableau éponyme du peintre André Fougeron (1913-1998), figure du Nouveau Réalisme français et peintre officiel du Parti communiste après-guerre. Dans ce film d’entretien, le sixième réalisé par l’artiste, qui renoue avec cette pratique qui a jalonné son parcours, elle enregistre plusieurs protagonistes. Chacun avec son expérience ou son expertise, nous replonge dans le passé. Le conservateur, l’historienne spécialiste des mouvements ouvriers, l’ancien mineur entre autres, évoquent et confrontent les grandes grèves des mineurs de 1948, les polémiques artistiques entre académisme et engagements politiques et les liens entre la sphère sociale et le monde de l’art.

Née en 1961 à Chamalières (63), Anne-Marie Filaire est photographe et enseignante à l’Institut d’études politiques de Paris. Son oeuvre traite des zones de tensions, principalement sur les frontières du Moyen et Extrême-Orient, de l’Afrique de l’Est et du Maghreb. Rigoureux, engagé, son travail a été présenté au Museum of Art de Sharjah aux Émirats arabes unis en 2014, au Mucem à Marseille en 2017, au Centre Pompidou en 2018, au musée Nicéphore Niépce à Chalon-sur- Saône en 2021 ou encore à la 8ème Triennale de Hambourg en 2022.

Photo : Rivage, © Anne-Marie Filaire

Dates

1 Juin 2024 13 h 00 min - 6 Octobre 2024 17 h 00 min(GMT-11:00)

CRP/ Centre régional de la photographie Hauts-de-France

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