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Partager Partager Temps de lecture estimé : 5minsQu’elle soit dysfonctionnelle, toxique, ou au contraire, accomplie et harmonieuse, la famille est le dernier rempart qu’il reste parfois contre lequel se construire ou se confronter. La Fondation Boghossian avec Family Matters explore avec subtilité dans une exposition chorale, ce territoire de l’intime qui touche à l’enfance, les souvenirs, les traumatismes, le chez soi… Comme le résume si bien Tolstoï cité en début du parcours : « Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon ». Le format vidéo de par sa temporalité singulière a été retenu. Seule exception : la sculpture qui nous accueille dans le majestueux hall de la Villa Empain : Chaises à bascule de l’artiste Elodie Antoine, étranges rockings-chairs jumeaux qui suggèrent une dysharmonie potentielle à suivre. Le triptyque video de Sophie Whettnall, Transmission Line, se concentre sur les visages et les yeux de l’artiste, sa fille et sa mère en noir et blanc dans une lumière très cinématographique qui brouille la parole transmise, tandis que Sandra Lecoq avec ces borderies de personnes proches intitulée Si et seulement si renvoie au début de la période du confinement en France et aux mots prononcés par le Premier Ministre d’alors, Edouard Philippe. Elodie Antoine, Chaises à bascule, 2009 Fondation Boghossian, Family Matters La question des rituels dont celui du repas, du banquet apparait dans plusieurs vidéos. Chez Amélie Berrodier qui a filmé un repas de famille mais dans le silence absolu. Une consigne donnée aux protagonistes qui rejouent la Cène dans un concert de mastications et de cliquetis de couverts ! Amélie Berrodier Le Repas 2018 Fondation Boghossian, Family Matters Ariane Loze selon son protocole, se met en scène un soir de réveillon endossant le rôle de 5 sœurs réunies dans la maison de leur mère très malade. Chez nous reprend l’esthétique du conte de Noël mais dans une version subversive autour du masque social et du poids des conventions. Hans op de Beeck se fait très corrosif avec All Together now autour d’un mariage, d’un anniversaire et de funérailles filmés en boucle sans que l’on puisse comprendre les personnages. Un son étiré qui les transforme en êtres difformes et presque monstrueux. Hans Op de Beeck All Together Now Film Still 19, Fondation Boghossian, Family Matters. Anne-Marie Schneider avec ses collages, dessins et vidéo Le mariage ausculte également les attentes et la pression sociale avec ces petits personnages qui finissent par se dissoudre. Le thème du secret, du non-dit est au cœur de plusieurs courtes séquences que l’on découvre au gré des pièces de vie de la Villa (la salle de bain bleue, les appartements de madame…) dans des configurations très ingénieuses. Ainsi Paul Gérard à travers l’installation immersive Etouffé dans la boue retisse l’épisode de la révélation de l’homosexualité de son grand-père, assassiné en 1967au moment où l’artiste fait son coming-out. Il entrecroise archives familiales et entretiens avec des témoins de l’époque pour faire vivre au regardeur une expérience olfactive, sonore et visuelle. Sandra Heremans retrace l’histoire de son père, missionnaire belge tombé amoureux de sa mère rwandaise et à travers cela convoque des symboles liés à la période coloniale et aux institutions religieuses. La projection qu’en fait leur fille renvoie à cette mémoire oblitérée. Valérie Mréjen avec Portraits filmés 2 a demandé à ses amis d’évoquer un souvenir marquant, face camera ; proche ou lointain. Des souvenirs mélancoliques de la vie à Beyrouth dans les années 1980, période à la fois de conflit mais une sorte d’âge d’or que raconte Danielle Arbid à travers les récits de ses cousines autour du casino huppé de Beyrouth, Le Doyen, symbole aussi de la chute de sa famille étant donné l’addiction et le malheur qu’il engendre. Le souvenir se dessine aussi en creux des larges dessins d’Agathe Bokanowski qui part de photographies prises lors de ses promenades pour suggérer des atmosphères que le regardeur peut reconstituer au fur et à mesure. Bruce Nauman Violent Incident, 1986 Fondation Boghossian, Family Matters Elke Andreas Boon, The Combing. Fondation Boghossian Family Matters La violence dans sa forme latente ou immédiate surgit chez Bruce Nauman à travers une scène au départ romantique qui se dégrade très rapidement en lutte frontale, chacun des personnages devenant tour à tour dominé ou dominant. Chez Elke Andreas Boon, artiste et musicienne, deux jeunes femmes esquissent un pas de deux tout en se coiffant. Une chorégraphie très précise qui flirte entre l’étreinte ou l’effroi. Une kyrielle d’émotions contradictoires qui font de Family Matters, l’une des propositions les plus abouties de cette semaine Art Brussels ! Relire mon interview avec Louma Salamé, directrice de la Fondation Boghossian, en 2022 INFOS PRATIQUES : Family Matters Jusqu’au 28 mai 2023 Fondation Boghossian avenue Franklin-Roosevelt, 67 1000 Bruxelles http://www.boghossianfoundation.be Organiser votre venue : https://www.visit.brussels/fr/ https://www.thalys.com/fr Marque-page0
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