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Au-delà de l’ouest, Marc Pollini

Les Portfolios de la rédaction sont des séries que vous nous avez soumises ou qui ont été repérées par le comité rédactionnel de 9 Lives. Ce mois-ci, nous partageons avec vous « Au-delà de l’Ouest », réalisée par Marc Pollini. Pour cette série, le photographe s’est frotté aux paysages de l’Ouest américain, un grand classique pour suivre les pas d’un Ansel Adams ou d’un Edward Weston. Marc Pollini, équipé de sa chambre, a choisi de nous perdre dans l’espace et dans le temps le long d’un périple de plus de 25 000 km. Il nous invite à suspendre l’instant à travers ses photographies…

Au-delà de l’ouest

L’Ouest américain est l’un des grands classiques de la photographie. On dit qu’il faut l’avoir fait une fois dans sa vie, comme un cycliste aguerri doit avoir « fait » le Mont Ventoux ou le col de la Bonnette. Mais faire n’est pas contrefaire ou encore faire à la manière d’eux. Trouver son écriture face à un classique est le grand défi. Se positionner face à l’immensité de cette nature relève du challenge. Affronter sa dureté, sa beauté n’est pas une sinécure. Depuis des années, j’ai la chance de m’y rendre. De m’immerger pleinement sans avoir à compter les jours. Je finis par me confondre avec le sable, le rocher, l’arbre. J’ai parcouru plus de 25 000 kilomètres au volant et en ai marché des centaines chambre photographique sur le dos, dans les états de Washington, Oregon, Nevada, Californie, Arizona, Utah, Nouveau-Mexique, Texas, Colorado. Il me reste à arpenter le Nord, c’est-à-dire le Montana et le Wyoming. Rien ne semble avoir changé dans ces paysages grandioses taillées pour l’éternité. Palm Canyon, près de Palm Springs, immortalisé en 1895 par Edward S. Curtis (1868-1952) règne toujours en majesté. Il m’a rattrapé en chemin, ou devrais-je dire, elle, son image, m’a rattrapé en chemin l’an dernier. Ma chambre était posée au même endroit, offrant le même point de vue. Près de 130 ans après, une même émotion… mais une autre restitution. Car la photographie ne se limite pas à la prise de vue. Elle inclut le travail du tirage, le format et le choix du papier. C’est pour cette raison que j’ai opté pour ce travail pour deux procédés faisant le pont entre le temps de Curtis, des débuts de la photo et le chaotique 21ème dans lequel je suis bien forcé d’évoluer… Chacune des images que je choisis de conserver de ce projet d’envergure est tirée soit au platine-palladium, soit en piézographie. Quelques fois, un même cliché sera restitué selon les deux procédés. Ils ont en commun d’être lents, exigeants, non « automatiques ». L’intervention humaine est primordiale afin de faire de chaque tirage une tirage unique… Ces deux procédés me semblaient correspondre à l’esprit de mon projet mais aussi à la quintessence de l’Ouest. Ils donnent à l’image une présence matérielle, une profondeur de ton, une permanence. Ils réunissent la nature sauvage, brute et le fragile geste artisanal, lent et fier de l’être. Lent comme le temps qui semble suspendu, lent comme l’érosion qui sculpte indéniablement les paysages de ce territoire à la frontière du mythe et du réel.

Né en 1970, Marc Pollini a repris la photo à l’âge de 46 ans, il vit et travaille entre Nice et Bastia. Sa pratique photographique se décline sous différentes formes (portrait, reportage, paysage…) souvent en noir et blanc mais aussi en couleur. Son travail alterne entre commandes et projets personnels en France et à l’étranger. Son écriture photographique s’inscrit dans une démarche narrative où il oscille entre le portrait et le paysage pour construire une forme de récit visuel. Marc Pollini poursuit in fine un véritable travail de contemplation active qui convoque notre regard, nous invitant à voir autrement, avec une infini douceur le monde qui nous entoure. Sa photographie jamais ne nous heurte, toujours nous réconcilie avec un ordinaire qu’il nous encourage à apprécier à sa juste valeur.

Books : Islande ile noire, La vallée avalée, la Vésubie, Oiseaux.
Résidences : Fondation Malongo, ïle du Wrach
Représenté par la fondation Photo4food
Festival : Promenades photographiques de Vendôme, L’homme et la mer, Itinérance foto Sète, Arles off, Images Montagne.

https://marcpollini.com/
Instagram : @marc_pollini

À LIRE
Islande, île noire de Marc Pollini
Carte blanche à Stéphane Brasca : Islande, île noire de Marc Pollini


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