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Partager Partager EvénementsPhoto Roman Photo, l’expo qui joue la carte du tendre Carine Dolek15 décembre 2017 Cet hiver, le Mucem rend hommage au roman photo, un genre aussi riche que méprisé, que les commissaires Frédérique Deschamps et Marie-Charlotte Calafat ont déployé en 300 objets, avec soin et dans ses plus belles et étonnantes ramifications à travers les jolies salles du musée aux moucharabieh. Né en 1947 en Italie, marketé pour les femmes, que la guerre avait rendues visibles, actives et consommatrices, le roman photo devient vite une manne aux millions de lecteurs et lectrices, le plus gros succès éditorial d’après guerre. Chaque numéro est lu par plusieurs personnes, le propriétaire ayant souvent la base idée d’annoter son exemplaire de son prénom. Aujourd’hui encore, Nous Deux tire à 350 000 exemplaires par semaine! Aujourd’hui encore, Nous Deux existe, et c’est bien par ce constat qu’a germé l’idée de l’exposition dans l’esprit de Frédérique Deschamps qui, alors iconographe chez Mondadori, est tombée sur une pile de Nous Deux allant à la benne. “Ça existe encore”. Et a commencé à mener son enquête, entre le vide de l’archivage (les exemplaires sont rarement conservés) et le trésor du fonds Mondadori, constitué de milliers de négatifs. Le roman photo, canal historique… L’exposition est articulée en deux parties. D’abord le roman photo sentimental, depuis les cartes postales du 19e siècle, à Nous Deux. Bluette simpliste, comme il est facile de le juger aujourd’hui, le roman photo est surtout un media vernaculaire de la réalité de la vie des foyers, et aborde les thèmes des divorces (impossibles), de la paternité (problématique), des amours contrariées (cf divorce impossible), de l’avortement (cf divorce impossible). Les rebondissements sont rocambolesques, mais tout reste politiquement correct. Les problèmes se résolvent magiquement, la réalité se plie, les femmes gagnent toujours à la fin. Si l’époque défile en fond, c’est le premier plan, comme pour les photos simplifiées jusqu’à la vignette, qui importe. Le roman photo emporte dans son sillage Johnny (qui a fait la une de Nous Deux avec le roman photo dont il était le héros, résultat, un retirage de 100000 exemplaires supplémentaires tous les deux jours qui ont suivi la parution), à Gina Lollobrigida, Hugh Grant (qui a commencé dans le seul magazine de roman photos britannique), Sacha Distel, Vittorio Gassman… Dans les années 60, 1 français sur 3 lit des romans photo. Le roman photo italien conquiert le monde: Turquie, Mexique, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Grèce, Brésil, et les esprits: même les communistes italiens, après l’avoir condamné, finiront par en faire aussi. Le pape condamne par bulle, et il n’y a, aux dernières nouvelles, toujours pas de roman photo au Vatican. Le roman photo semble par ailleurs avoir prospéré dans les pays de culture catholique et être tombé à plat chez les anglo-saxon. S’il est exposé au Mucem, c’est aussi parce qu’il a essaimé dans tout le bassin méditerranéen. Les commissaires l’expliquent par, ce n’est qu’une piste, la proximité du catholicisme avec la narration par l’image, contrairement au protestantisme. Et comment lutter contre la télévision, qui était déjà implantée dans les foyers américains? Le roman photo italien conquiert le monde: Turquie, Mexique, Afrique du Nord, Afrique du Sud, Grèce, Brésil, et les esprits: même les communistes italiens, après l’avoir condamné, finiront par en faire aussi. Le pape condamne par bulle, et il n’y a, aux dernières nouvelles, toujours pas de roman photo au Vatican. Le roman photo semble par ailleurs avoir prospéré dans les pays de culture catholique et être tombé à plat chez les anglo-saxon. S’il est exposé au Mucem, c’est aussi parce qu’il a essaimé dans tout le bassin méditerranéen. Les commissaires l’expliquent par, ce n’est qu’une piste, la proximité du catholicisme avec la narration par l’image, contrairement au protestantisme. Et comment lutter contre la télévision, qui était déjà implantée dans les foyers américains? Et déclinaisons à tous les parfums Oui. Tous. Dans la seconde partie de l’exposition, on découvre les yeux écarquillés la suite de la vie du roman photo, une vie en parallèle des couvertures de baisers glacés. Et non, il n’a pas eu froid aux yeux questions collabs. On découvre Killing, héros sadique déguisé en squelette qui torture et tue ses victimes, évidemment des femmes en sous vêtements, et qui a eu un succès phénoménal chez les argentins, qui ont publié des suites, et chez les turcs, qui en ont fait des films. Le roman photo a des déclinaisons nudistes (Redonne son chandelier au châtelain ! Demande-t-elle à homme en slip qu’elle a ligoté à un arbre…), érotiques (Supersex, extra-terrestre obsédé par le sexe et interprété par le “parrain” de Rocco Siffredi), préventives (oh oui, les campagnes de prévention du sida des années 80 sont là), satiriques, avec Fluide Glacial, Hara Kiri, Choron, Coluche, et l’excellente idée de montrer la parodie des Nuls, Nous Quatre! Gyu Debord et les situationnistes sont passés par là, Duane Michals, la compagnie Royal De Luxe et Chris Marker aussi. Le roman photo, la narration par vignettes, le roman de la bluette, a préfiguré sans y toucher notre fameuse civilisation de l’image et n’a rien à envier aux stories Instagram. INFORMATIONS PRATIQUES Roman Photo Du 13 décembre 2017 au 3 avril 2018 Le MUCEM Esplanade du J4 13002 Marseille http://mucem.org Marque-page0
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